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Général Yue Fei (1103-1142)

31
Mai, 2026

Le Général Yue Fei, « Protecteur des frontières du nord », est une figure emblématique de la tradition chevaleresque chinoise. Et son histoire n’a rien à envier aux studios hollywoodiens !

Général Yue Fei, Protecteur des frontières du Nord.

Mais laissons Delphine Weurlesse, Docteur en langue et littérature chinoise, nous conter cette histoire.

« Sous la pression des eaux une digue du fleuve avait cédé. Les eaux en furie se déversaient avec violence sur les champs et les villages. La cour de la maison se remplissait d’eau. Yue He s’était emparé de quelque argent, avait mis sa femme sur ses épaules et s’apprêtait à fuir quand il aperçut, flottant dans la cour un panier à lotus. Il était justement vide et assez vaste pour que sa femme puisse s’y accroupir, l’enfant dans les bras. Malgré le poids le panier continua à flotter. Yue He s’accrocha des mains au rebord et se laissa porter. Entraîné en tous sens par le courant violent, il se fatigua vite. Soudain ses mains lâchèrent prise, il poussa un cri, son corps tourbillonna deux fois et disparut dans les vagues. Madame Yue se mit à sangloter puis s’endormit, épuisée par les émotions. Quand elle se réveilla elle ne vit autour d’elle qu’une immense étendue d’eau d’où égermaient quelques arbres. Comment reconnaître où elle se trouvait ? Après qu’elle eut flotté ainsi deux jours au gré des vagues, la violence du courant diminua, elle put distinguer une rive. Par chance le panier s’engagea dans un bras du fleuve et s’approcha d’un village qui avait échappé à l’inondation. Des paysans l’aperçurent et l’attirèrent à la rive avec une longue gaffe. Un attroupement se forma aussitôt autour de la mère éplorée. Le seigneur du lieu qui faisait sa tournée s’approcha lui aussi de la pauvre femme et lui demanda d’où elle venait. Ayant écouté sa triste histoire il lui proposa de venir habiter chez lui en attendant d’avoir des nouvelles de son mari. Madame Yue s’installa donc chez Monsieur Wang Ming, l’homme le plus influent, le plus riche et le plus instruit du village de la Licorne. Quelques jours plus tard, Wang Ming qui s’était renseigné, lui apprit que son village natal avait été complètement détruit par l’inondation et qu’on n’avait retrouvé nulle trace de son mari. Devant les sanglots de la pauvre femme qui ne savait où se réfugier, Wang Ming s’attendrit et la garda chez lui. Six années ont passé et Yue Fei joue toute la journée avec Wang Gui, le fils de Wang Ming qui avait un an de moins que lui et deux autres garçons des notables du lieu. Un jour Wang Ming demanda à Yue Fei d’aller chercher sa maman. « Madame Yue, lui dit-il, Yue Fei est un garçon plein d’avenir, je voudrais lui transmettre ce que j’ai appris au cours de mon existence. Me permettez-vous de le choisir comme fils adoptif ? »

Delphine Weurlesse (Récits de l’histoire de Chine, éditions Fernand Nathan. 1972)

Le jeune Yue pris alors le titre de Yue Yu Mou Wang (Yue recueilli et adopté par Wang). Il reçu l’éducation de Wang Ming, l’enseignement des armes et notamment de l’arc avec Zhou Tong avant de poursuivre des études militaires. Ses qualités martiales exceptionnelles lui valurent de gravir tous les échelons de la hiérarchie militaire et de devenir Général vers l’âge de trente ans.

Il fut alors chargé de défendre les frontières du Nord contre les invasions répétées des Jin et reçu le titre de « Général protecteur des frontières du Nord ». Il réorganisa l’armée et lui redonna confiance ce qui lui permit de ne jamais perdre une bataille et de pacifier, sans brutalité, le nord de la Chine.

Adoré par ses officiers et ses soldats, il était respecté par ses ennemis qui appréciaient sa droiture dans la parole donnée. Yue Fei était réputé pour combattre à la tête de ses troupes au cœur de la mêlée et pour donner l’exemple en payant de sa personne, refusant, par exemple, de manger différemment de l’homme de troupe avec lequel il partageait volontiers son repas. Il déclara  « une troupe est comme une nouille et ne se pousse pas, il faut toujours la tirer ! « . Donc dire « suivez-moi ! » plutôt que « En avant ! ».

Général Yue Fei, protecteur des frontières du Nord.

Nous recevons au sein de la lignée du Ling Bao Ming, un héritage fondamental de la part de Yue Fei.

Les huit pièces de Brocard de Yue Fei

Le premier héritage de Yue Fei, disons le plus connu dans les pratiques énergétiques de santé, est le Yue Fei Ba Duan Jin (Huit Pièces de Brocard de Yue Fei).

Loïc Rabault pratiquant la deuxième forme des Ba Duan Jin.

Yue Fei fut également l’un des premiers généraux à se soucier de la bonne santé de ses armées ce qui l’incita à créer une forme gymnique toujours très pratiqué et connue sous le nom de Ba Duan Jin (huit pièces de Brocards). Ce nom particulier provenait des étendards de soie utilisés par les divers corps de troupe et portant, en insigne, les Huit Trigrammes (Bagua) du Yijing. Il s’agit donc là d’une forme classique de « Qi Gong » destinée à entretenir la vitalité des soldats et des officiers.

Cette série, en plus d’avoir la particularité d’être enseignée dans pratiquement tous les courants de Qi Gong actuels, contient quelques qualités bien spécifiques. D’abord, elle est formée de huit (Ba) exercices (Duan) dont le premier constitue une porte d’ouverture, forme d’alignement de la structure ; le dernier étant une porte de fermeture pour un retour à l’état d’alignement (WuJi). Ensuite, notons que les exercices présentés n’ont pas été inventés de toute pièce mais repris de plusieurs courants de pratique aussi bien internes (donc taoïstes) qu’externes (bouddhistes). On y observe notamment une référence au Qi Gong taoïste du Tigre et du Dragon ainsi que des exercices provenant du Yi Jin Jing (traité de transformation des muscles et tendons) bouddhiste. Enfin, chaque pièce de Brocard est dénommée par les bénéfices qu’elle apporte au pratiquant en termes médicaux. Cele révèle la profonde recherche d’efficacité « Te » (vertu de la simplicité) dont il est question dans le Daodejing (Tao Te King) de Laozi (Lao Tseu).

Cette pratique est certainement l’une des plus pratiquées par les écoles de Qi Gong actuelles et constitue chez les Maîtres et simples pratiquants un exercice matinal fondamental et essentiel de préparation corporelle et énergétique. Un rituel incontournable et complet de remise en forme qui selon H.F Xue engendre « une légère transpiration », ceci est un léger euphémisme !

Commander le DVD des huit pièces de Brocard.

Le bâton de Yue Fei

Le deuxième héritage précieux provenant du Général Yue Fei est la forme du bâton de commandement (dit Bâton de Yue Fei) initialement issu des formes de commandement des troupes au moyen de la Lance fondue à crochet (Yue Fei Gu Liang Jiang) spécifiquement conçue par ses soins.

Lance fondue à crochet de Yue Fei présentée et transmise par Georges Charles lors de la 32ème convention des Arts Classiques du Tao.

La lance fondue à crochet de Yue Fei (Yue Fei Gu Liang Jiang) est issue selon Wang Zemin (1909-2002) d’une transmission liée à un accord entre le clan Wang de Yue et le clan Yue. Yue Fei ayant été recueilli et adopté par Wang (Yue Yu Mou Wang), il reçu donc cette lance fondue à crochet ainsi que ses formes de maniement basées sur les cinq éléments (Wu Xing).

Le Yiquan

Le troisième héritage, et non des moindre, provient indirectement de cette lance à crochet de Yue Fei (Yue Fei Gu Liang Jiang) qui est à l’origine du Xing Yiquan. Le premier nom de l’école de Yue Fei fut en effet Yi Yue San Shou (La Longue Main de Yue Fei) que Yue Fei transforma lui-même en Liu He Yiquan (Poing de l’Unité et des Six Harmonies). C’est la première utilisation du terme Yiquan qui fut repris par la suite par Li Luoneng (Li Lao Neng) (1807-1888) et fut transmis ensuite sans interruption jusqu’à Georges Charles sous le style Xing Yiquan (Le Poing de l’Intention et de la Forme).

La forme à main nue fut créée par Yue Fei à la suite d’une embuscade tendue par les Jin dans laquelle tomba l’un de ses meilleurs officiers et ami Liang Jing San, redoutable combattant à la lance, qui se fit désarmer et tuer. Yue Fei assistant à la scène sans pouvoir intervenir, constata que Liang Jing San, aussi expert fut-il dans le maniement de la lance ne put réagir à main nue. Yue Fei décida alors d’adapter les pratiques et principes de l’art de la lance à une méthode de combat à main nue.

Cette forme fut donc d’abord nommée Yi Yue San Shou (La Longue main de Yue Fei) puis Liu He Yiquan (Point de l’Unité et des six Harmonies), nom auquel fait donc référence l’école San Yiquan créée par Georges Charles en 1979 par succession à l’école Lianhuanquan (Lian Huan Chuan) (Poing des Générations -fusions- circulaires) de Wang Zemin (Wang Tse Ming) (1909-2002).

En plus donc des Ba Duan Jin, du Liu He Yi Quan engendrant le Xing Yi Quan (poing de l’intention et de la forme) et du bâton du commandement et de la méthode de combat à la lance (Yue Fei Gu Liang Jiang), Yue Fei généra également un art du poing Yi Yue San Shou (boxe des Serres de l’Aigle). Cet héritage fait de Yue Fei un grand innovateur et contributeur aux pratiques aussi bien de santé (Qi Gong) que chevaleresques (Wushu).

Un temple consacré au Général Yue Fei sera élevé en 1221 à proximité de Hangzhou. Ce temple sera plusieurs fois modifié et agrandi en 1715, 1918, 1979. En 1961 la République Populaire de Chine déclarera Yue Fei comme Héros National.

Le bâton Tang Lang du clan Wang de Yue

Ajoutons enfin que le clan Wang de Yue apparenté à l’école de la Mante Religieuse des Sept Etoiles du Nord (Bei Qi Xing Tang Lang) contient la forme du bâton d’arme (Mo Gun) transmis au sein de la convention des Arts classiques du Tao au côté du bâton de l’énergie de la Marquise de Dai (Dai Hujue Furen Gun ou Mo Gun Yin Fa), du bâton merveilleux ou bâton du magicien (Mo Ling Gun) transmis sous la haute bienveillance de Wang Tai Xing « Immortel au pin rouge ».

Session de pratique du bâton de l’énergie et du bâton Tang Lang.

La devise du Clan Wang de Yue

Wang San Heng Yi Shu Wang : « Trois traits horizontaux Un trait vertical c’est Wang »
ou « Du Zénith au Nadir et dans toutes les directions s’étend le Clan Wang de Yue »

Wang se traduit aussi par Roi ou Empereur.

Wangjia : « Style Impérial » en référence à la Chine Classique.

Wang Bi (226-249), philosophe taoïste et lettré fondateur de la philosophie Xuan Xue précise 

« Toute la doctrine de Maitre Kong (Confucius) tient en deux termes et rien d’autre : Zhong et Shu. Zhong, c’est s’élever au plus haut de soi-même, la verticale ; Shu, c’est s’ouvrir aux autres, l’horizontale ».

« Ce que je dis vient de quelque part, ce que je fais sert à quelque chose » Confucius (Kong Zi).

« Agir est facile » Yue Fei.

Lorsque nous pratiquons, enseignons, transmettons, nous ne faisons pas de la gymnastique, nous nous inscrivons dans un héritage culturel millénaire ; ce faisant notre santé s’améliore.

Sources Arts Classiques du Tao