La Marquise de Dai (217-194)
« Ce qui est en haut donne ;
le Ciel ordonne.
Ce qui est en bas reçoit ;
la Terre et l’Etre Humain se conforment. »*

Xin Zhui (217-194), épouse de Li Cang, Marquis de Dai et premier ministre du Roi de Chin au cours de la dynastie des Han (-206 – 200 ap. J.C.), dit Noble Dame de Dai ou Marquise (alias Duchesse) de Dai.
L’institut Wu Ming Gen transmet l’héritage des arts classiques du Tao inscrit dans la lignée du Ling Bao Ming. Cette lignée traditionnelle prend ses racines dans plusieurs courants classiques, à la fois d’entretien de la santé et chevaleresques. Concernant les techniques d’entretien de la santé, l’héritage de la Marquise de Dai prend la première place avec le Ling Bao Ming Xiao Dan Pai Ta Yin Fa Qi Gong (travail énergétique d’entretien de la santé de l’école de la petite compréhension de la clarté du joyau merveilleux) constituant l’essence même de notre pratique. Le bâton de l’énergie (Dai Hujue Furen Gun) constitue actuellement la pratique préparatoire du bâton d’arme du style Tang Lang (Mo Gun Yi Fa).
Il y a enfin les prescriptions saisonnières, ou petit calendrier des Xia « guide des activités saisonnières concernant depuis l’Empereur, Fils du Ciel, jusqu’au paysan, Enfant de la Terre ».
Description actuelle du calendrier des xia pour l’année 2026.
Une découverte fortuite
La Marquise de Dai est maintenant bien connue dan l’univers des écoles de Qi Gong et de nombreux livres sont maintenant édités sur les pratiques énergétiques de la Noble Dame qui constituent effectivement les bases ancestrales les plus anciennes retrouvées de Tao Yin Fa (techniques d’entretien de la santé).
La lignée du Ling Bao Ming Xiao Dan Pai Tao Yin Fa Qi Gong dont nous avons hérité au sein des arts classiques du Tao reçoit cet enseignement depuis les siècles de pratique et de transmission des Maîtres de Tao.
Mais une découverte fortuite a en effet mis à jour -au sens propre- cette pratique par la découverte, en 1972, du tombeau de Mawangdhui près de Changsha dans la province du Hunan lors d’une fouille de sauvegarde par des archéologues chinois. Ce que l’on pensait être le tombeau d’un Roi Chevalier allait être d’une toute autre nature.
Un jalon historique majeur
Cette découverte va marquer un jalon historique d’une grande importance permettant de mieux connaître les aspects culturels de la dynastie des Han et notamment les pratiques d’entretien de la santé (on ne parlait pas de Qi Gong à cette époque mais plutôt de Tao Yin, littéralement « nourrir la Voie »), les connaissances des plantes médicinales, des pratiques et remèdes médicaux, de travail artisanal des laques, de confection de tissus en soie, des connaissances et pratiques astrologiques, etc.
Reportage sur la découverte du tombeau de Mawangdhui.

La Noble Dame Xin Zhui de Dai reconstituée au Musée de Changsha.

Le tombeau N°1 de Mawandgui tel qu’il se présenta lors de la fouille de 1972.

Les trois cercueils de la Duchesse au Musée de Changsha.
Pourquoi Mawangdhui ?
« Ce qu’on pensait jusqu’alors être la Tombe du Roi Chevalier, littéralement Ma Wang Dui (Ma = cheval par extension cavalier puis chevalier ; Wang = roi, suzerain, empereur ; Dui = tertre, tumulus, tombeau) est en fait les trois tombes du Marquis de Dai, Premier Ministre du Roi de Chin, de sa femme, Xin Jue, la Marquise de Dai, et de son fils. Les tombes 2 et 3 du Marquis et de son fils étaient en assez mauvais état. Par contre la tombe N°1, celle de la Marquise, était parfaitement conservée. » Georges Charles.
Une préservation exceptionnelle
L’inhumation du tombeau est estimée à 194 avant notre ère, les textes classiques recoupant les constatations scientifiques. Mais l’autopsie effectuée ultérieurement démontra une conservation exceptionnelle du corps et même des organes. Des ongles étaient encore présents et le cadavre ne présentait pas de rigidité cadavérique permettant même de positionner la dépouille en position assise et d’observer une réactions de plasticité aux tests médicaux.
Malgré ce que certains textes présentent, la Noble Dame présentait un bon état de santé -avec certes une légère arthrite cervicale et un taux de cholestérol élevé, sans doute dus aux nombreux banquets liés à la fonction. La mort de la Marquise serait due d’après l’autopsie à un étouffement dû à une peau de melon qui aurait bloqué son système respiratoire. L’autopsie a notamment révélé dans son rapport à la communauté scientifique chinoise puis mondiale une bonne dentition ainsi qu’une chevelure noire parfaitement conservée.
Un trésor archéologique
Les archéologues trouvèrent plus de 3000 objets dont la plupart avaient été inventoriés et répertoriés par l’Intendant de la duchesse sur ses ordres. Il y a avait, bien évidemment les trois cercueils de bois laqué et la fameuse bannière qui recouvrait le dernier cercueil. Celle-ci était en soie et représentait le voyage de la Duchesse après sa mort jusqu’à son élévation au plus haut niveau, donc au rang d’immortelle. Cette bannière très symbolique reprenait les motifs essentiels de la cosmogonie chinoise classique, avec, tout en haut la lune et le soleil et qui représentaient la dualité/complémentarité du Yin/yang mais aussi l’Illumination (Ming). Cette bannière symbolisait également la vision énergétique de l’être humain avec ses différentes parties, ou contrées, et les principaux « points de contrôle » utilisés dans les pratiques énergétiques comme le Daoyin (Tao Yin).
L’importante bibliothèque révèlera des rouleaux manuscrits (Boshu) dont une parcelle du Daodejing (Tao Te King) de Laozi (Lao Tseu).

Une parcelle du Daodejing.
La gymnastique taoïste de la Marquise de Dai

L’un de ces rouleaux (Daoyin Tu Boshu) présentait la pratique du Daoyin,
donc de la « gymnastique » taoïste telle qu’elle était pratiquée au second siècle avant notre ère.
Une quarantaine de personnages, hommes et femmes de tous âges, y sont représentés dans des postures diverses avec pour bon nombre d’entre elles un son et un organe ou un viscère correspondant à la pratique concernée. Quelques personnages pratiquent avec un bâton long, ce qui atteste que l’Art du Bâton était connu bien avant l’arrivée de Bodhidharma à Shaolin et que cet art était inclu dans les pratiques médicales.
Il s’agit bien évidement là d’un témoignage essentiel sur ces pratiques que l’on nomme aujourd’hui « Qigong » et qui, alors, faisaient partie intégrante de la médecine classique. Celle-ci utilisait donc le principe de prévention il y a plus de 2000 ans.

Forme du bâton de l’énergie de la Marquise de Dai inscrite dans le Daoyin Tu Boshu
Ces pratiques présentent un témoignage essentiel sur ce qui constituait une partie de la médecine il y a plus de 2000 ans. Ce que nous appelons aujourd’hui Qi Gong faisait en fait partie du traité de Daoyin (Tao Yin), donc pratiques énergétiques d’entretien de la santé basées avant tout sur le principe de prévention.
« La meilleure manière de ne pas tomber malade est de rester en bonne santé. »
Un état de l’art complet et bien ordonné
La traduction malheureuse et réductrice des pratiques taoïstes en gymnastique par l’œuvre notamment de Pehr Henrik Ling (1776 1839) ne devrait pas nous enlever de l’esprit la dimension complète des arts classiques du Tao.
En effet, les révélations du tombeau de Mawangdhui montrent une grande richesse de pratiques, corporelles certes, mais aussi médicales, médicinales, artisanales, cosmologiques, écologiques (hé oui déjà), philosophiques…
La liste exhaustive des 3000 rouleaux serait fastidieuse mais citons :
- Deux versions du Daodejing de Laozi (Tao Te King de Lao Tseu) « traité de la voie et de la vertu (ou efficacité) »
- Une version du Yijing ou Yi King (I Tching), « Traité des Mutations » avec de nombreux commentaires démontrant l’importance de l’œuvre pour la compréhension des phénomènes
- Plusieurs ouvrages de tendance taoïste dont le Huang Lao et le Yun Kai Jing « traité sur les nuages », donc ouvrages traitant de la météo
- Un traité sur les « Miscellanées du climat et de l’astronomie »
- Un traité sur « l’observation des Cinq Etoiles »
- Le « Livre de Soie » (répertoire astronomique)
- Un traité concernant la morphopsychologie des chevaux
- Un traité concernant la topographie de la Chine du Sud et de l’Etat de Shangsha
- De nombreux plans civils et militaires
- Un traité de la chambre à coucher
- Le « Guide de la palpation des pouls »
- Les « Recettes pour 52 maladies »
- Un « Codex de pharmacie »
- Un « traité de stratégie des Royaumes Combattants » (Zhan Guo Ce)
- Un « Livre des Rites » (Liji) comportant une importante section sur les « Prescriptions Mensuelles » (Yue Ling) dans la version la plus complète connue à ce jour

Fragment de traité écrit sur de la soie

Les comètes du « Livre de Soie » : un répertoire astronomique sans précédent connu
Une chambre présentait de nombreux objets dont 1400 tissus divers, objets laqués, bronzes, instruments de musique, un orchestre au complet composé de 162 figurines de bois peint.
Une autre encore présentait un banquet extraordinaire composé pour chaque plat d’un descriptif et d’indications concernant les saisons. Et à côté de ce banquet des couffins contenant des herbes médicinales avec des indications précises.

Boites en laque contenant de la pharmacopée.
Une certaine éthique
Un coffret en bois précieux comportait la mention « corne de rhinocéros », lorsqu’il fut ouvert les savants présents constatèrent, que la corne de rhinocéros tant convoitée était une reproduction en bois accompagnée d’un mot de l’intendant à la destination de celui qui ouvrirait cette boite :
« La Duchesse m’a demandé de remplacer la corne de rhinocéros par une copie en bois car elle trouve inconvenant qu’on tue un aussi noble animal pour soigner des maladies vulgaires. »
La corne de rhinocéros étant destiné à traiter uniquement les troubles de l’érection. Ce qui traduit probablement un certain mépris de la Duchesse teinté d’un certain humour.
Un mot de l’intendant précisait que la Duchesse avait souhaité que les plus habiles artisans de la province soient ainsi représentés dans ce qu’ils produisaient habituellement.
Les règles de « prescriptions mensuelles » ne font pas exception avec de nombreux sujets portant sur les sciences de la nature et de sa protection, bien en avance sur ce qui est appliqué de nos jours dans la protection de l’environnement.
Un aspect intéressant également sur le contenu de cette Noble tombe, outre les nombreux objets magnifiques mettant en valeur le travail des artisans, le tombeau ne contenait aucune richesse pécuniaire (bijoux, pierres précieuses, or, argent…) comme cela est le plus souvent le cas dans ce type de sépulture. Cela témoigne de la rectitude et de l’élévation d’esprit de la Noble Dame.
Cela témoigne d’une compréhension profonde et appliquée des principes taoïstes tels que cité au chapitre 38 du Daodejing (Tao Te King) de Laozi (Lao Tseu) :
« Après la perte du Tao (Tao) vient l’Efficience (ou Vertu) (De)
Après la perte de la Vertu vient la bienveillance (ou « humanité ») (Ren)
Après la perte de la Bienveillance vient la Justice (Yi)
Après la perte de la Justice vient la Bienséance (politesse) (Li) »
« Ce qui est également repris par Zhuangzi (Tchouang Tseu) et dans le Huainanzi (Huai Nan Tseu) Déjà Mengzi (Meng Tseu ou Mencius) dans la « Grande Etude » (Daxue ou Ta Hio) explique qu’il ne faut pas se contenter de l’humanité (ou humanisme -sinon parfois humanitaire) envers ses semblables « humains » mais étendre cette « bienveillance » envers les animaux, les plantes, l’environnement. Il était déjà remarqué par ce penseur que la notion d’humanité concernant l’humain seul est trop variable puisque celui qui a le pouvoir, et particulièrement qui exerce un pouvoir totalitaire, décide qui est humain, qui l’est moins et qui ne l’est pas. Il se doutait donc déjà qu’il pouvait y avoir une différence dans l’humanité, donc dans l’humanisme, entre un jeune Chinois riche et en bonne santé et une vieille Tibétaine malade. » Georges Charles.

La Bannière funéraire de la Marquise de Dai : un traité de cosmogonie et d’énergétique.
Le Père Larre et Elisabeth Rochat de la Vallée y ont consacré plusieurs études au sein de l’institut Ricci.
*Source : Le Tao-Yin de la Duchesse ou Marquise de Dai – TAO-YIN
*Crédits photos : Xavier Garnier.