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Général Yue Fei (1103-1142)

Le Général Yue Fei, « Protecteur des frontières du nord », est une figure emblématique de la tradition chevaleresque chinoise. Et son histoire n’a rien à envier aux studios hollywoodiens !

Général Yue Fei, Protecteur des frontières du Nord.

Mais laissons Delphine Weurlesse, Docteur en langue et littérature chinoise, nous conter cette histoire.

« Sous la pression des eaux une digue du fleuve avait cédé. Les eaux en furie se déversaient avec violence sur les champs et les villages. La cour de la maison se remplissait d’eau. Yue He s’était emparé de quelque argent, avait mis sa femme sur ses épaules et s’apprêtait à fuir quand il aperçut, flottant dans la cour un panier à lotus. Il était justement vide et assez vaste pour que sa femme puisse s’y accroupir, l’enfant dans les bras. Malgré le poids le panier continua à flotter. Yue He s’accrocha des mains au rebord et se laissa porter. Entraîné en tous sens par le courant violent, il se fatigua vite. Soudain ses mains lâchèrent prise, il poussa un cri, son corps tourbillonna deux fois et disparut dans les vagues. Madame Yue se mit à sangloter puis s’endormit, épuisée par les émotions. Quand elle se réveilla elle ne vit autour d’elle qu’une immense étendue d’eau d’où égermaient quelques arbres. Comment reconnaître où elle se trouvait ? Après qu’elle eut flotté ainsi deux jours au gré des vagues, la violence du courant diminua, elle put distinguer une rive. Par chance le panier s’engagea dans un bras du fleuve et s’approcha d’un village qui avait échappé à l’inondation. Des paysans l’aperçurent et l’attirèrent à la rive avec une longue gaffe. Un attroupement se forma aussitôt autour de la mère éplorée. Le seigneur du lieu qui faisait sa tournée s’approcha lui aussi de la pauvre femme et lui demanda d’où elle venait. Ayant écouté sa triste histoire il lui proposa de venir habiter chez lui en attendant d’avoir des nouvelles de son mari. Madame Yue s’installa donc chez Monsieur Wang Ming, l’homme le plus influent, le plus riche et le plus instruit du village de la Licorne. Quelques jours plus tard, Wang Ming qui s’était renseigné, lui apprit que son village natal avait été complètement détruit par l’inondation et qu’on n’avait retrouvé nulle trace de son mari. Devant les sanglots de la pauvre femme qui ne savait où se réfugier, Wang Ming s’attendrit et la garda chez lui. Six années ont passé et Yue Fei joue toute la journée avec Wang Gui, le fils de Wang Ming qui avait un an de moins que lui et deux autres garçons des notables du lieu. Un jour Wang Ming demanda à Yue Fei d’aller chercher sa maman. « Madame Yue, lui dit-il, Yue Fei est un garçon plein d’avenir, je voudrais lui transmettre ce que j’ai appris au cours de mon existence. Me permettez-vous de le choisir comme fils adoptif ? »

Delphine Weurlesse (Récits de l’histoire de Chine, éditions Fernand Nathan. 1972)

Le jeune Yue pris alors le titre de Yue Yu Mou Wang (Yue recueilli et adopté par Wang). Il reçu l’éducation de Wang Ming, l’enseignement des armes et notamment de l’arc avec Zhou Tong avant de poursuivre des études militaires. Ses qualités martiales exceptionnelles lui valurent de gravir tous les échelons de la hiérarchie militaire et de devenir Général vers l’âge de trente ans.

Il fut alors chargé de défendre les frontières du Nord contre les invasions répétées des Jin et reçu le titre de « Général protecteur des frontières du Nord ». Il réorganisa l’armée et lui redonna confiance ce qui lui permit de ne jamais perdre une bataille et de pacifier, sans brutalité, le nord de la Chine.

Adoré par ses officiers et ses soldats, il était respecté par ses ennemis qui appréciaient sa droiture dans la parole donnée. Yue Fei était réputé pour combattre à la tête de ses troupes au cœur de la mêlée et pour donner l’exemple en payant de sa personne, refusant, par exemple, de manger différemment de l’homme de troupe avec lequel il partageait volontiers son repas. Il déclara  « une troupe est comme une nouille et ne se pousse pas, il faut toujours la tirer ! « . Donc dire « suivez-moi ! » plutôt que « En avant ! ».

Général Yue Fei, protecteur des frontières du Nord.

Nous recevons au sein de la lignée du Ling Bao Ming, un héritage fondamental de la part de Yue Fei.

Les huit pièces de Brocard de Yue Fei

Le premier héritage de Yue Fei, disons le plus connu dans les pratiques énergétiques de santé, est le Yue Fei Ba Duan Jin (Huit Pièces de Brocard de Yue Fei).

Loïc Rabault pratiquant la deuxième forme des Ba Duan Jin.

Yue Fei fut également l’un des premiers généraux à se soucier de la bonne santé de ses armées ce qui l’incita à créer une forme gymnique toujours très pratiqué et connue sous le nom de Ba Duan Jin (huit pièces de Brocards). Ce nom particulier provenait des étendards de soie utilisés par les divers corps de troupe et portant, en insigne, les Huit Trigrammes (Bagua) du Yijing. Il s’agit donc là d’une forme classique de « Qi Gong » destinée à entretenir la vitalité des soldats et des officiers.

Cette série, en plus d’avoir la particularité d’être enseignée dans pratiquement tous les courants de Qi Gong actuels, contient quelques qualités bien spécifiques. D’abord, elle est formée de huit (Ba) exercices (Duan) dont le premier constitue une porte d’ouverture, forme d’alignement de la structure ; le dernier étant une porte de fermeture pour un retour à l’état d’alignement (WuJi). Ensuite, notons que les exercices présentés n’ont pas été inventés de toute pièce mais repris de plusieurs courants de pratique aussi bien internes (donc taoïstes) qu’externes (bouddhistes). On y observe notamment une référence au Qi Gong taoïste du Tigre et du Dragon ainsi que des exercices provenant du Yi Jin Jing (traité de transformation des muscles et tendons) bouddhiste. Enfin, chaque pièce de Brocard est dénommée par les bénéfices qu’elle apporte au pratiquant en termes médicaux. Cele révèle la profonde recherche d’efficacité « Te » (vertu de la simplicité) dont il est question dans le Daodejing (Tao Te King) de Laozi (Lao Tseu).

Cette pratique est certainement l’une des plus pratiquées par les écoles de Qi Gong actuelles et constitue chez les Maîtres et simples pratiquants un exercice matinal fondamental et essentiel de préparation corporelle et énergétique. Un rituel incontournable et complet de remise en forme qui selon H.F Xue engendre « une légère transpiration », ceci est un léger euphémisme !

Commander le DVD des huit pièces de Brocard.

Le bâton de Yue Fei

Le deuxième héritage précieux provenant du Général Yue Fei est la forme du bâton de commandement (dit Bâton de Yue Fei) initialement issu des formes de commandement des troupes au moyen de la Lance fondue à crochet (Yue Fei Gu Liang Jiang) spécifiquement conçue par ses soins.

Lance fondue à crochet de Yue Fei présentée et transmise par Georges Charles lors de la 32ème convention des Arts Classiques du Tao.

La lance fondue à crochet de Yue Fei (Yue Fei Gu Liang Jiang) est issue selon Wang Zemin (1909-2002) d’une transmission liée à un accord entre le clan Wang de Yue et le clan Yue. Yue Fei ayant été recueilli et adopté par Wang (Yue Yu Mou Wang), il reçu donc cette lance fondue à crochet ainsi que ses formes de maniement basées sur les cinq éléments (Wu Xing).

Le Yiquan

Le troisième héritage, et non des moindre, provient indirectement de cette lance à crochet de Yue Fei (Yue Fei Gu Liang Jiang) qui est à l’origine du Xing Yiquan. Le premier nom de l’école de Yue Fei fut en effet Yi Yue San Shou (La Longue Main de Yue Fei) que Yue Fei transforma lui-même en Liu He Yiquan (Poing de l’Unité et des Six Harmonies). C’est la première utilisation du terme Yiquan qui fut repris par la suite par Li Luoneng (Li Lao Neng) (1807-1888) et fut transmis ensuite sans interruption jusqu’à Georges Charles sous le style Xing Yiquan (Le Poing de l’Intention et de la Forme).

La forme à main nue fut créée par Yue Fei à la suite d’une embuscade tendue par les Jin dans laquelle tomba l’un de ses meilleurs officiers et ami Liang Jing San, redoutable combattant à la lance, qui se fit désarmer et tuer. Yue Fei assistant à la scène sans pouvoir intervenir, constata que Liang Jing San, aussi expert fut-il dans le maniement de la lance ne put réagir à main nue. Yue Fei décida alors d’adapter les pratiques et principes de l’art de la lance à une méthode de combat à main nue.

Cette forme fut donc d’abord nommée Yi Yue San Shou (La Longue main de Yue Fei) puis Liu He Yiquan (Point de l’Unité et des six Harmonies), nom auquel fait donc référence l’école San Yiquan créée par Georges Charles en 1979 par succession à l’école Lianhuanquan (Lian Huan Chuan) (Poing des Générations -fusions- circulaires) de Wang Zemin (Wang Tse Ming) (1909-2002).

En plus donc des Ba Duan Jin, du Liu He Yi Quan engendrant le Xing Yi Quan (poing de l’intention et de la forme) et du bâton du commandement et de la méthode de combat à la lance (Yue Fei Gu Liang Jiang), Yue Fei généra également un art du poing Yi Yue San Shou (boxe des Serres de l’Aigle). Cet héritage fait de Yue Fei un grand innovateur et contributeur aux pratiques aussi bien de santé (Qi Gong) que chevaleresques (Wushu).

Un temple consacré au Général Yue Fei sera élevé en 1221 à proximité de Hangzhou. Ce temple sera plusieurs fois modifié et agrandi en 1715, 1918, 1979. En 1961 la République Populaire de Chine déclarera Yue Fei comme Héros National.

Le bâton Tang Lang du clan Wang de Yue

Ajoutons enfin que le clan Wang de Yue apparenté à l’école de la Mante Religieuse des Sept Etoiles du Nord (Bei Qi Xing Tang Lang) contient la forme du bâton d’arme (Mo Gun) transmis au sein de la convention des Arts classiques du Tao au côté du bâton de l’énergie de la Marquise de Dai (Dai Hujue Furen Gun ou Mo Gun Yin Fa), du bâton merveilleux ou bâton du magicien (Mo Ling Gun) transmis sous la haute bienveillance de Wang Tai Xing « Immortel au pin rouge ».

Session de pratique du bâton de l’énergie et du bâton Tang Lang.

La devise du Clan Wang de Yue

Wang San Heng Yi Shu Wang : « Trois traits horizontaux Un trait vertical c’est Wang »
ou « Du Zénith au Nadir et dans toutes les directions s’étend le Clan Wang de Yue »

Wang se traduit aussi par Roi ou Empereur.

Wangjia : « Style Impérial » en référence à la Chine Classique.

Wang Bi (226-249), philosophe taoïste et lettré fondateur de la philosophie Xuan Xue précise 

« Toute la doctrine de Maitre Kong (Confucius) tient en deux termes et rien d’autre : Zhong et Shu. Zhong, c’est s’élever au plus haut de soi-même, la verticale ; Shu, c’est s’ouvrir aux autres, l’horizontale ».

« Ce que je dis vient de quelque part, ce que je fais sert à quelque chose » Confucius (Kong Zi).

« Agir est facile » Yue Fei.

Lorsque nous pratiquons, enseignons, transmettons, nous ne faisons pas de la gymnastique, nous nous inscrivons dans un héritage culturel millénaire ; ce faisant notre santé s’améliore.

Sources Arts Classiques du Tao

La Marquise de Dai (217-194)

« Ce qui est en haut donne ;

le Ciel ordonne.

Ce qui est en bas reçoit ;

la Terre et l’Etre Humain se conforment. »*

Xin Zhui (217-194), épouse de Li Cang, Marquis de Dai et premier ministre du Roi de Chin au cours de la dynastie des Han (-206 – 200 ap. J.C.), dit Noble Dame de Dai ou Marquise (alias Duchesse) de Dai.

L’institut Wu Ming Gen transmet l’héritage des arts classiques du Tao inscrit dans la lignée du Ling Bao Ming. Cette lignée traditionnelle prend ses racines dans plusieurs courants classiques, à la fois d’entretien de la santé et chevaleresques. Concernant les techniques d’entretien de la santé, l’héritage de la Marquise de Dai prend la première place avec le Ling Bao Ming Xiao Dan Pai Ta Yin Fa Qi Gong (travail énergétique d’entretien de la santé de l’école de la petite compréhension de la clarté du joyau merveilleux) constituant l’essence même de notre pratique. Le bâton de l’énergie (Dai Hujue Furen Gun) constitue actuellement la pratique préparatoire du bâton d’arme du style Tang Lang (Mo Gun Yi Fa).

Il y a enfin les prescriptions saisonnières, ou petit calendrier des Xia « guide des activités saisonnières concernant depuis l’Empereur, Fils du Ciel, jusqu’au paysan, Enfant de la Terre ».

Description actuelle du calendrier des xia pour l’année 2026.

Une découverte fortuite

La Marquise de Dai est maintenant bien connue dan l’univers des écoles de Qi Gong et de nombreux livres sont maintenant édités sur les pratiques énergétiques de la Noble Dame qui constituent effectivement les bases ancestrales les plus anciennes retrouvées de Tao Yin Fa (techniques d’entretien de la santé).

La lignée du Ling Bao Ming Xiao Dan Pai Tao Yin Fa Qi Gong dont nous avons hérité au sein des arts classiques du Tao reçoit cet enseignement depuis les siècles de pratique et de transmission des Maîtres de Tao.

Mais une découverte fortuite a en effet mis à jour -au sens propre- cette pratique par la découverte, en 1972, du tombeau de Mawangdhui près de Changsha dans la province du Hunan lors d’une fouille de sauvegarde par des archéologues chinois. Ce que l’on pensait être le tombeau d’un Roi Chevalier allait être d’une toute autre nature.

Un jalon historique majeur

Cette découverte va marquer un jalon historique d’une grande importance permettant de mieux connaître les aspects culturels de la dynastie des Han et notamment les pratiques d’entretien de la santé (on ne parlait pas de Qi Gong à cette époque mais plutôt de Tao Yin, littéralement « nourrir la Voie »), les connaissances des plantes médicinales, des pratiques et remèdes médicaux, de travail artisanal des laques, de confection de tissus en soie, des connaissances et pratiques astrologiques, etc.

Reportage sur la découverte du tombeau de Mawangdhui.

La Noble Dame Xin Zhui de Dai reconstituée au Musée de Changsha.

Le tombeau N°1 de Mawandgui tel qu’il se présenta lors de la fouille de 1972.

Les trois cercueils de la Duchesse au Musée de Changsha.

Pourquoi Mawangdhui ?

« Ce qu’on pensait jusqu’alors être la Tombe du Roi Chevalier, littéralement Ma Wang Dui (Ma = cheval par extension cavalier puis chevalier ; Wang = roi, suzerain, empereur ; Dui = tertre, tumulus, tombeau) est en fait les trois tombes du Marquis de Dai, Premier Ministre du Roi de Chin, de sa femme, Xin Jue, la Marquise de Dai, et de son fils. Les tombes 2 et 3 du Marquis et de son fils étaient en assez mauvais état. Par contre la tombe N°1, celle de la Marquise, était parfaitement conservée. » Georges Charles.

Une préservation exceptionnelle

L’inhumation du tombeau est estimée à 194 avant notre ère, les textes classiques recoupant les constatations scientifiques. Mais l’autopsie effectuée ultérieurement démontra une conservation exceptionnelle du corps et même des organes. Des ongles étaient encore présents et le cadavre ne présentait pas de rigidité cadavérique permettant même de positionner la dépouille en position assise et d’observer une réactions de plasticité aux tests médicaux.

Malgré ce que certains textes présentent, la Noble Dame présentait un bon état de santé -avec certes une légère arthrite cervicale et un taux de cholestérol élevé, sans doute dus aux nombreux banquets liés à la fonction. La mort de la Marquise serait due d’après l’autopsie à un étouffement dû à une peau de melon qui aurait bloqué son système respiratoire. L’autopsie a notamment révélé dans son rapport à la communauté scientifique chinoise puis mondiale une bonne dentition ainsi qu’une chevelure noire parfaitement conservée.

Un trésor archéologique

Les archéologues trouvèrent plus de 3000 objets dont la plupart avaient été inventoriés et répertoriés par l’Intendant de la duchesse sur ses ordres. Il y a avait, bien évidemment les trois cercueils de bois laqué et la fameuse bannière qui recouvrait le dernier cercueil. Celle-ci était en soie et représentait le voyage de la Duchesse après sa mort jusqu’à son élévation au plus haut niveau, donc au rang d’immortelle. Cette bannière très symbolique reprenait les motifs essentiels de la cosmogonie chinoise classique, avec, tout en haut la lune et le soleil et qui représentaient la dualité/complémentarité du Yin/yang mais aussi l’Illumination (Ming). Cette bannière symbolisait également la vision énergétique de l’être humain avec ses différentes parties, ou contrées, et les principaux « points de contrôle » utilisés dans les pratiques énergétiques comme le Daoyin (Tao Yin).

L’importante bibliothèque révèlera des rouleaux manuscrits (Boshu) dont une parcelle du Daodejing (Tao Te King) de Laozi (Lao Tseu).

Une parcelle du Daodejing.

La gymnastique taoïste de la Marquise de Dai

L’un de ces rouleaux (Daoyin Tu Boshu) présentait la pratique du Daoyin,

donc de la « gymnastique » taoïste telle qu’elle était pratiquée au second siècle avant notre ère.

Une quarantaine de personnages, hommes et femmes de tous âges, y sont représentés dans des postures diverses avec pour bon nombre d’entre elles un son et un organe ou un viscère correspondant à la pratique concernée. Quelques personnages pratiquent avec un bâton long, ce qui atteste que l’Art du Bâton était connu bien avant l’arrivée de Bodhidharma à Shaolin et que cet art était inclu dans les pratiques médicales.

Il s’agit bien évidement là d’un témoignage essentiel sur ces pratiques que l’on nomme aujourd’hui « Qigong » et qui, alors, faisaient partie intégrante de la médecine classique. Celle-ci utilisait donc le principe de prévention il y a plus de 2000 ans.

Forme du bâton de l’énergie de la Marquise de Dai inscrite dans le Daoyin Tu Boshu

Ces pratiques présentent un témoignage essentiel sur ce qui constituait une partie de la médecine il y a plus de 2000 ans. Ce que nous appelons aujourd’hui Qi Gong faisait en fait partie du traité de Daoyin (Tao Yin), donc pratiques énergétiques d’entretien de la santé basées avant tout sur le principe de prévention.

« La meilleure manière de ne pas tomber malade est de rester en bonne santé. »

Un état de l’art complet et bien ordonné

La traduction malheureuse et réductrice des pratiques taoïstes en gymnastique par l’œuvre notamment de Pehr Henrik Ling (1776 1839) ne devrait pas nous enlever de l’esprit la dimension complète des arts classiques du Tao.

En effet, les révélations du tombeau de Mawangdhui montrent une grande richesse de pratiques, corporelles certes, mais aussi médicales, médicinales, artisanales, cosmologiques, écologiques (hé oui déjà), philosophiques

La liste exhaustive des 3000 rouleaux serait fastidieuse mais citons :

  • Deux versions du Daodejing de Laozi (Tao Te King de Lao Tseu) « traité de la voie et de la vertu (ou efficacité) »
  • Une version du Yijing ou Yi King (I Tching), « Traité des Mutations » avec de nombreux commentaires démontrant l’importance de l’œuvre pour la compréhension des phénomènes
  • Plusieurs ouvrages de tendance taoïste dont le Huang Lao et le Yun Kai Jing « traité sur les nuages », donc ouvrages traitant de la météo
  • Un traité sur les « Miscellanées du climat et de l’astronomie »
  • Un traité sur « l’observation des Cinq Etoiles »
  • Le « Livre de Soie » (répertoire astronomique)
  • Un traité concernant la morphopsychologie des chevaux
  • Un traité concernant la topographie de la Chine du Sud et de l’Etat de Shangsha
  • De nombreux plans civils et militaires
  • Un traité de la chambre à coucher
  • Le « Guide de la palpation des pouls »
  • Les « Recettes pour 52 maladies »
  • Un « Codex de pharmacie »
  • Un « traité de stratégie des Royaumes Combattants » (Zhan Guo Ce)
  • Un « Livre des Rites » (Liji) comportant une importante section sur les « Prescriptions Mensuelles » (Yue Ling) dans la version la plus complète connue à ce jour

Fragment de traité écrit sur de la soie

Les comètes du « Livre de Soie » : un répertoire astronomique sans précédent connu

Une chambre présentait de nombreux objets dont 1400 tissus divers, objets laqués, bronzes, instruments de musique, un orchestre au complet composé de 162 figurines de bois peint.

Une autre encore présentait un banquet extraordinaire composé pour chaque plat d’un descriptif et d’indications concernant les saisons. Et à côté de ce banquet des couffins contenant des herbes médicinales avec des indications précises.

Boites en laque contenant de la pharmacopée.

Une certaine éthique

Un coffret en bois précieux comportait la mention « corne de rhinocéros », lorsqu’il fut ouvert les savants présents constatèrent, que la corne de rhinocéros tant convoitée était une reproduction en bois accompagnée d’un mot de l’intendant à la destination de celui qui ouvrirait cette boite :

« La Duchesse m’a demandé de remplacer la corne de rhinocéros par une copie en bois car elle trouve inconvenant qu’on tue un aussi noble animal pour soigner des maladies vulgaires. »

La corne de rhinocéros étant destiné à traiter uniquement les troubles de l’érection. Ce qui traduit probablement un certain mépris de la Duchesse teinté d’un certain humour.

Un mot de l’intendant précisait que la Duchesse avait souhaité que les plus habiles artisans de la province soient ainsi représentés dans ce qu’ils produisaient habituellement.

Les règles de « prescriptions mensuelles » ne font pas exception avec de nombreux sujets portant sur les sciences de la nature et de sa protection, bien en avance sur ce qui est appliqué de nos jours dans la protection de l’environnement.

Un aspect intéressant également sur le contenu de cette Noble tombe, outre les nombreux objets magnifiques mettant en valeur le travail des artisans, le tombeau ne contenait aucune richesse pécuniaire (bijoux, pierres précieuses, or, argent…) comme cela est le plus souvent le cas dans ce type de sépulture. Cela témoigne de la rectitude et de l’élévation d’esprit de la Noble Dame.

Cela témoigne d’une compréhension profonde et appliquée des principes taoïstes tels que cité au chapitre 38 du Daodejing (Tao Te King) de Laozi (Lao Tseu) :

« Après la perte du Tao (Tao) vient l’Efficience (ou Vertu) (De)

Après la perte de la Vertu vient la bienveillance (ou « humanité ») (Ren)

Après la perte de la Bienveillance vient la Justice (Yi)

Après la perte de la Justice vient la Bienséance (politesse) (Li) »

« Ce qui est également repris par Zhuangzi (Tchouang Tseu) et dans le Huainanzi (Huai Nan Tseu) Déjà Mengzi (Meng Tseu ou Mencius) dans la « Grande Etude » (Daxue ou Ta Hio) explique qu’il ne faut pas se contenter de l’humanité (ou humanisme -sinon parfois humanitaire) envers ses semblables « humains » mais étendre cette « bienveillance » envers les animaux, les plantes, l’environnement. Il était déjà remarqué par ce penseur que la notion d’humanité concernant l’humain seul est trop variable puisque celui qui a le pouvoir, et particulièrement qui exerce un pouvoir totalitaire, décide qui est humain, qui l’est moins et qui ne l’est pas. Il se doutait donc déjà qu’il pouvait y avoir une différence dans l’humanité, donc dans l’humanisme, entre un jeune Chinois riche et en bonne santé et une vieille Tibétaine malade. » Georges Charles.

La Bannière funéraire de la Marquise de Dai : un traité de cosmogonie et d’énergétique.

Le Père Larre et Elisabeth Rochat de la Vallée y ont consacré plusieurs études au sein de l’institut Ricci.

*Source : Le Tao-Yin de la Duchesse ou Marquise de Dai – TAO-YIN

*Crédits photos : Xavier Garnier.